Analyse | Drame sur l’autoroute du Nord : un accident révélateur d’un chaos routier à Abidjan

Abidjan, 27 mai 2025 – Ce mardi matin, un carambolage d’une rare violence s’est produit sur l’autoroute du Nord, à hauteur de la forêt du Banco, entre Yopougon et Adjamé. Selon le Groupement des sapeurs-pompiers militaires (GSPM), l’alerte a été donnée à 09h47 pour un accident de circulation suivi de feu, impliquant plusieurs véhicules.

À leur arrivée, les secours ont été confrontés à une scène dramatique : 11 véhicules impliqués, dont 2 en flammes, des carrosseries éclatées, des passagers coincés, et un important dégagement de chaleur. Le feu a été maîtrisé au moyen d’une lance, puis les pompiers ont établi un périmètre de sécurité pour procéder aux sauvetages et évacuations d’urgence.

Le bilan officiel communiqué fait état de 25 victimes :19 blessés graves évacués au CHU de Yopougon, 2 victimes refusant l’évacuation, après signature de décharge, et 4 décès confirmés : des personnes coincées dans les véhicules et brûlées vives.

Une opération de désincarcération a été nécessaire pour extraire les corps. La gendarmerie, la police nationale et les pompes funèbres étaient présentes sur les lieux.

Ce drame relance de vives inquiétudes sur la situation chaotique de la circulation à Abidjan. Les Gbaka, déjà tristement célèbres pour leur comportement dangereux, sont une fois de plus montrés du doigt. Conduite agressive, véhicules hors d’âge, non-respect des règles : autant d’éléments qui transforment ces transports en commun en menaces mobiles.

Mais un autre facteur mérite l’attention : la présence d’un poids lourd dans le carambolage. Selon la réglementation ivoirienne, les véhicules de plus de 10 tonnes sont interdits de circulation à Abidjan et Yamoussoukro entre 6h et 9h, et de 17h à 21h.

Le chaos observé ce matin n’est pas une simple coïncidence. Il traduit une défaillance structurelle : absence de contrôle technique efficace, non-application des règles de circulation, présence massive de véhicules obsolètes, et une tolérance généralisée face aux abus.

Les routes d’Abidjan sont devenues des zones de non-droit, où chacun roule selon ses propres lois, au péril des autres usagers. La population en paie le prix, tragiquement.

Face à ce drame, il ne suffit plus de compatir. Il faut agir concrètement. Les autorités doivent appliquer strictement les horaires de circulation des camions , sanctionner les conducteurs et transporteurs en infraction ; renforcer les contrôles techniques, notamment pour les transports publics ; lancer un plan national de modernisation du parc Gbaka ; et créer un observatoire citoyen de la sécurité routière, permettant de signaler les abus et les zones à risque.

Quatre morts calcinés. Dix-neuf blessés graves. Vingt-cinq vies brisées. Ce drame n’est pas un accident au sens fataliste. C’est le résultat direct d’un système laxiste, d’une absence de fermeté, et d’une tolérance coupable face à l’anarchie routière. Le GSPM a conclu son communiqué par ces mots forts : “Des vies sont encore brisées sur nos routes. Adoptez une conduite responsable.” Cet appel doit être entendu, compris et suivi d’effets. Car le silence, lui aussi, tue.

Gael ZOZORO

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