La Côte d’Ivoire est devenue le premier pays à tirer pleinement parti du nouveau cadre mondial de conversion de dette au profit de programmes de développement, un dispositif conjointement initié par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) en 2024. Cette opération pionnière illustre comment une gestion rigoureuse de la dette publique peut libérer des ressources importantes pour financer des projets sociaux prioritaires.
Le cadre de conversion de dette, lancé l’an dernier, vise à offrir aux pays une approche plus transparente, efficace et dirigée par les autorités nationales pour rééchelonner ou échanger leur dette existante contre de nouvelles formes de financement à coûts et risques optimisés. L’objectif est d’alléger le poids de la dette tout en garantissant un impact concret sur le développement.
La Côte d’Ivoire est ainsi devenue le premier pays à concrétiser cette approche. Grâce à une garantie fondée sur les politiques accordée par la Banque mondiale, elle a obtenu un nouveau prêt commercial à taux réduit. Ce prêt a permis de racheter 400 millions d’euros (environ 262,4 milliards FCFA) d’anciens emprunts coûteux arrivant à échéance dans les prochaines années. Cette opération a généré une économie nette de 60 millions d’euros (environ 39,4 milliards FCFA) en valeur actuelle et libéré 330 millions d’euros (environ 216,5 milliards FCFA) de marges budgétaires sur cinq ans.
Le gouvernement ivoirien a décidé de réinvestir la majeure partie des économies dégagées dans la construction de 30 collèges destinés à accueillir environ 30 000 élèves, avec une attention particulière portée à l’éducation des filles. Le suivi de ces investissements est assuré dans le cadre d’un Programme pour les résultats (PforR) soutenu par la Banque mondiale.
Plusieurs facteurs expliquent ce succès inédit : un engagement ferme en faveur de la stabilité macroéconomique, marqué par une réduction progressive du déficit budgétaire et une amélioration notable des recettes publiques ; une gestion proactive de la dette, notamment à travers un rachat important début 2024 financé par une nouvelle émission d’euro-obligations ; un partenariat solide et un dialogue constant avec les bailleurs de fonds, qui ont facilité la mise en œuvre de ce dispositif innovant ; enfin, une volonté politique claire d’orienter les ressources ainsi libérées vers des priorités nationales, en particulier l’éducation.
L’expérience ivoirienne ouvre la voie à d’autres pays confrontés à des pressions sur leur dette. Ce dispositif innovant offre une opportunité unique de transformer des engagements financiers lourds en financements pour des projets à fort impact social et économique, à condition de respecter les critères de gouvernance et de stabilité macroéconomique.
Mael Espoir