La Côte d’Ivoire entend renforcer la résilience de sa filière cacao face aux défis climatiques. Lors d’un panel organisé au Pavillon Afrique de la COP 30 ce mardi 18 novembre, le Conseil du Café-Cacao a présenté les innovations et mécanismes financiers capables de soutenir une cacaoculture plus durable et bas-carbone.
Placée sous le thème « Vers une cacaoculture résiliente et bas-carbone : innovations de la recherche agronomique et de la finance climatique », cette rencontre, modérée par M. Jean Paul Aka (PNUD), a permis de mettre en lumière des solutions concrètes d’adaptation aux impacts du changement climatique.
Maladies et pertes économiques : le cacao sous pression
Le Dr Tahi Mathias, Directeur de la Recherche et de la Lutte contre le Changement Climatique au Conseil du Café-Cacao, a dressé un tableau préoccupant de la situation. Ravagé par des maladies telles que le Phytophthora megakarya et le virus du swollen shoot, le verger ivoirien subit des pertes économiques majeures.
« Nous devons innover pour assurer la pérennité de notre filière », a-t-il déclaré, avant de présenter les pistes explorées : l’agroforesterie, le biochar, l’utilisation des mycorhizes et la fertilisation raisonnée. Ces approches contribuent à restaurer les sols, améliorer les rendements et renforcer la résistance des plants face aux stress climatiques.
L’adaptation devient une opportunité économique
Pour déployer ces innovations à grande échelle, l’accès à des financements spécialisés s’avère indispensable. Le Dr Amani Kouassi, du CIFOR, a présenté le Mécanisme des Bénéfices d’Adaptation (ABM), récemment approuvé par les experts internationaux.
« L’ABM permet de financer des pratiques agricoles qui renforcent la résilience des producteurs. Grâce à ce dispositif, l’adaptation devient bancable », a-t-il assuré. Ce mécanisme certifie les bénéfices d’adaptation, y compris ceux issus de l’agroforesterie, et ouvre un accès aux ressources financières dédiées au climat.
Son collègue, le Dr Beria Leimona, a souligné le potentiel des marchés carbone, des paiements basés sur les performances et des mécanismes incitatifs axés sur les services écosystémiques. Ces voies offrent aux producteurs la possibilité de générer des revenus additionnels tout en protégeant leurs cultures.
Des financements disponibles, mais des défis subsistent
Intervenant pour la BOAD, M. Moubarak Moukaila a assuré que « des ressources importantes sont disponibles pour des projets solides ». Il a toutefois déploré le manque de données fiables, un obstacle majeur pour prouver la viabilité des projets : « Les États doivent jouer un rôle dans l’amélioration de la qualité des données ».
M. Kouadio Fidèle, représentant du FIRCA, a rappelé les capacités de l’institution à accompagner les organisations de producteurs et les institutions publiques grâce à son accréditation au Fonds Vert pour le Climat et au Fonds d’Adaptation.
Les échanges ont par ailleurs abordé les fonds de préparation, le stockage de carbone dans les plantations, la sélection des essences en agroforesterie et les approches collaboratives entre structures accréditées.
Une coopération internationale à renforcer
En clôturant le panel, Son Excellence M. Diamoutene Alassane Zie, Ambassadeur de la Côte d’Ivoire au Brésil, a appelé à une coopération accrue entre États africains et partenaires internationaux. « La transition vers une cacaoculture durable nécessite un partage d’expériences et d’innovations », a-t-il plaidé.
Avec des initiatives de recherche et de financement désormais mieux structurées, la Côte d’Ivoire ambitionne de consolider sa position de leader mondial du cacao tout en s’adaptant aux défis environnementaux.
Mael Espoir