Abidjan–Dakar : vers un nouvel axe économique ouest-africain ?

Une dynamique nouvelle semble s’installer entre Abidjan et Dakar. En un an à peine, la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont multiplié les signes d’un rapprochement stratégique à haute portée économique. Entre la visite officielle du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko en mai 2025, la relance de la Grande Commission Mixte bilatérale, et la signature de 12 accords sectoriels en août 2024, les deux puissances ouest-africaines tracent les contours d’un axe économique structurant pour la sous-région.

Tout commence le 7 mai 2024, avec la visite d’amitié et de travail du président Bassirou Diomaye Faye à Abidjan, moins de deux mois après son élection. Reçu au Palais présidentiel par Alassane Ouattara, il propose la réactivation de la Grande Commission Mixte, un mécanisme bilatéral de coopération entre les deux États, resté inactif depuis 2014. « Pour un renforcement systématique des axes de coopération, il est important que cette commission puisse être à nouveau convoquée », avait-il déclaré.
Le président ivoirien avait salué cette initiative, en rappelant les liens historiques entre les deux nations : « Les Présidents Houphouët-Boigny et Senghor ont posé les bases d’une coopération fraternelle et durable. » Ce cadre politique relancé donne un nouvel élan aux ambitions économiques des deux pays.

Par ailleurs, le président Diomaye Faye a également participé à la 12ᵉ édition du sommet économique annuel Africa CEO Forum, qui s’est tenue les 12 et 13 mai 2025 à Abidjan. Cet événement majeur a permis de renforcer les échanges entre acteurs économiques de la région et d’inscrire davantage Dakar et Abidjan dans une dynamique commune de développement.

Quelques jours plus tard, le 30 mai 2025, c’est au tour du Premier ministre Ousmane Sonko de poursuivre cet élan diplomatique à Abidjan. Accueilli pour une visite officielle de 72 heures, il réaffirme la volonté de Dakar de redynamiser les échanges économiques avec la Côte d’Ivoire, dans un contexte régional marqué par des tensions géopolitiques et des mutations commerciales accélérées.
Sonko est porteur d’un message clair du président sénégalais : faire de l’axe Abidjan–Dakar un moteur de la transformation économique régionale, en misant sur la complémentarité, l’intégration logistique et la convergence stratégique.

Une coopération structurée par 12 accords bilatéraux

La première visite de Diomaye Faye à Abidjan , puisque le 1er août 2024, s’est tenue la 10ᵉ session de la commission mixte Côte d’Ivoire – Sénégal, au cours de laquelle 12 accords de coopération ont été signés dans des secteurs structurants : agriculture, commerce, mines, énergie, transport, éducation, jeunesse, et hydrologie. Le ministre ivoirien Kacou Léon Adom salue alors la volonté commune d’« insuffler un dynamisme nouveau », tandis que la ministre sénégalaise Yassine Fall rappelle que cette coopération est aussi « un pivot pour l’intégration sous-régionale ». Les deux parties conviennent de mettre en place un mécanisme de suivi permanent pour assurer la mise en œuvre concrète de ces engagements.

Abidjan, grâce à son port autonome, son hub logistique et son agriculture performante, se positionne comme un carrefour régional majeur. Dakar, de son côté, développe ses atouts dans le numérique, les ressources offshore (gaz, pétrole) et les services financiers, notamment grâce à sa tradition administrative et son ancrage franc de longue date dans les institutions régionales. Cette complémentarité ouvre la voie à des synergies concrètes dans les domaines du transport, de la formation professionnelle, des énergies renouvelables et du commerce intra-africain. Elle offre également une opportunité unique d’aligner les stratégies dans le cadre de la ZLECAf.

Des attentes fortes du secteur privé

Au-delà des déclarations politiques, c’est la capacité à concrétiser cette coopération qui déterminera le succès de cet axe. Les secteurs privés des deux pays, notamment les PME, start-up, et institutions financières régionales, attendent des mesures facilitatrices : zones économiques conjointes, accords fiscaux, corridors logistiques, plateformes numériques partagées.
L’ambition affichée par les deux capitales devra s’appuyer sur des projets concrets et des outils modernes de financement et d’investissement.

En conjuguant vision politique, diplomatie active et stratégie économique, Abidjan et Dakar se positionnent comme les deux piliers d’une intégration régionale accélérée. Leurs initiatives pourraient servir de modèle pour d’autres alliances bilatérales africaines fondées sur la solidarité, l’efficacité économique et la stabilité géopolitique. Si les engagements pris se traduisent en résultats visibles, l’axe Abidjan–Dakar pourrait bien devenir le nouveau cœur économique de l’Afrique de l’Ouest francophone.

Gael ZOZORO

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