Contrôle des constructions : Shenzhen, un modèle inspirant mais difficile à copier en Côte d’Ivoire

Shenzhen, mégapole chinoise de plus de 17 millions d’habitants, est souvent citée comme un modèle en matière de contrôle des constructions. En quarante ans, cette ville sortie de terre dans les années 1980 a réussi à ériger des infrastructures modernes, tout en limitant les catastrophes liées aux effondrements d’immeubles. Une prouesse qui repose sur un système rigoureux, parfois jugé radical, que le ministre ivoirien de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, Bruno Nabagné Koné, souhaite en partie transposer en Côte d’Ivoire.

Un système très encadré en Chine
À Shenzhen, chaque projet de construction doit passer par une série d’autorisations strictes. Seules des entreprises et des professionnels disposant d’une qualification officielle sont habilités à concevoir, superviser et exécuter les travaux. Les matériaux de construction font l’objet de contrôles systématiques et tout manquement entraîne des sanctions sévères : amendes, arrêt immédiat du chantier, suspension ou retrait de la licence de l’entreprise, voire poursuites pénales. Les autorités procèdent aussi à des inspections régulières des bâtiments existants, afin d’en vérifier la sécurité et d’imposer, si nécessaire, des travaux de réparation.


L’usage de technologies numériques comme le BIM (Building Information Modeling) et le CIM (City Information Modeling) permet de planifier et de superviser les projets en temps réel, réduisant considérablement les risques d’erreur. Cette gouvernance numérique renforce la transparence et la traçabilité dans la chaîne de construction.

Une réalité plus complexe en Côte d’Ivoire
En Côte d’Ivoire, la réglementation existe – permis de construire, normes techniques, contrôles par le BNETD ou les services municipaux – mais son application reste inégale. De nombreux immeubles poussent sans respect des règles, souvent construits par des acteurs non qualifiés. Ces dernières années, les effondrements d’immeubles à Abidjan et dans d’autres villes ont mis en lumière les lacunes du système : corruption, manque d’inspections sur le terrain, sanctions rarement appliquées ou dissuasives.

Contrairement à Shenzhen, où les sanctions peuvent aller jusqu’à l’interdiction définitive de construire pour les contrevenants, en Côte d’Ivoire les chantiers illégaux sont parfois simplement suspendus avant d’être relancés après régularisation, sans réelle conséquence pour les promoteurs. L’absence d’un registre public des professionnels qualifiés et d’un suivi numérique centralisé complique la transparence et la responsabilisation des acteurs.

Ce que la Côte d’Ivoire peut retenir
L’exemple chinois montre que la combinaison de trois leviers – réglementation stricte, contrôle continu et usage de la technologie – peut réduire les risques de drame. Toutefois, Shenzhen bénéficie d’un appareil administratif puissant, de moyens financiers conséquents et d’un système judiciaire rapide, autant d’éléments qui ne sont pas directement transposables.

Pour s’en inspirer, la Côte d’Ivoire pourrait :

  • renforcer les inspections de chantiers avec des équipes indépendantes ;
  • imposer l’usage d’entreprises et de bureaux d’études certifiés ;
  • créer une base de données numérique des permis, plans et qualifications accessible au public ;
  • appliquer effectivement les sanctions prévues, y compris l’interdiction d’exercer pour les contrevenants graves.

Un modèle à adapter, pas à copier
L’expérience de Shenzhen ne doit pas être idéalisée. Sa rigueur extrême – parfois jusqu’à la sanction pénale lourde – repose sur un contexte politique autoritaire difficilement compatible avec un État de droit démocratique. Pour Bruno Koné, l’enjeu sera donc de trouver un équilibre : bâtir un système ivoirien capable de garantir la sécurité des bâtiments, sans basculer dans la répression aveugle, mais en misant sur la prévention, la responsabilisation et la modernisation du secteur.

Mael Espoir

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